Les Masques du Temps
Que dire du temps, ce masque aux mille visages,
Où l’on croirait déjà tout avoir pressenti,
Ce maître insaisissable,
Fantôme de nos jours, doux et impitoyable.
Il glisse entre nos doigts, roi muet mais certain,
Et sculpte nos destins d’un geste souverain.
Sur sa toile infinie où dansent nos pensées,
Chaque vers devient l’écho d’instants effacés.
Il murmure aux cœurs las des promesses lointaines,
Puis s’efface, furtif, dans le souffle des semaines.
Il nous guide, il nous hante, il nous porte plus haut,
Le temps, ce sage tyran qui connaît tous nos maux.
Il danse avec l’amour dans les cœurs apaisés,
Gravant l’éternité d’un instant embrasé.
Mais sous son souffle lent et sa marche obstinée,
Il sème en silence des graines d’éternité.
L’acceptation éclot sous ses brises légères,
Comme l’aube illumine un sentier solitaire.
Le passé nous parle dans un souffle discret,
Un tissage d’ombres que l’instant a laissé.
Souvenirs, monuments, empreintes de nos mains,
S’effacent lentement au fil de son chemin.
Et pourtant, il éclaire chaque instant que l’on vit,
Offrant ses leçons aux âmes éblouies.
Le temps du passé nourrit notre présent,
Un feu ancien qui éclaire l’instant.
Mais le temps, capricieux, se plie à nos émotions,
S’étire dans la peine, s’envole dans l’illusion.
Il semble éternel dans l’ivresse des cieux,
Mais s’efface en silence dans un regard heureux.
Il est aussi cyclique, comme un refrain ancien,
Les saisons, les vies, renaissent dans son chemin.
Un éternel retour, un souffle continu,
Où l’éphémère rejoint ce qui n’est jamais perdu.
La gravitation, force invisible et profonde,
Plie son cours discret dans les plis de son onde.
Au bord des astres, des abîmes étoilés,
Elle ralentit le temps, comme un rêve figé.
Le temps, lié à la matière et à ses lois,
Se courbe sous des forces que l’univers déploie.
Mais au-delà du vide et des champs gravitationnels,
Il demeure insaisissable, même pour les immortels.
Face à ce mystère, l’homme cherche des réponses,
Un sens, une lumière, qui apaise ses absences.
La foi devient alors refuge ou domination,
Une flamme incertaine, brûlant sous l’illusion.
Elle promet des cieux, des au-delà radieux,
Mais enchaîne parfois l’esprit curieux.
Pourquoi chercher l’éternité dans l’invisible,
Quand l’amour ici-bas est si doux et tangible ?
Une vie accomplie où fleurit la bonté,
Est le vrai chemin vers la sérénité.
Dans le partage humain et les liens que l’on tisse,
Le temps trouve un écho, une lumière complice.
Mais plus encore, il est l’allié du savoir,
De l’apprentissage, des récits, de l’espoir.
À chaque génération, il laisse en héritage
Des trésors enfouis dans les livres, les visages.
Par l’éducation, l’homme sculpte le vivant,
Éclairant le présent d’un feu enrichissant.
Le temps, loin de peser, devient alors semence,
Une sagesse offerte par l’art de la patience.
De cellule en cellule, d’être en être passant,
Il tisse un récit au-delà du présent.
Alors semons ici des graines de lumière :
L’amour véritable et les gestes sincères.
Qu’ils fleurissent demain dans des cœurs inconnus,
Et que notre essence grandisse à leur insu.
Car c’est dans l’amour que s’efface la peur ;
Dans la gratitude s’élève la grandeur.
L’esprit affranchi des horloges muettes
S’envole hors du temps et dépasse sa quête.
Dans le souffle d’un instant germe une vérité :
Chaque battement touche à l’éternité.
Fabien Gaudin
Ce poème est devenu une chanson : voir le clip.
